Histoires et légendes

L’église

L'église

Rapidement, l’église prend le nom de son fondateur, auquel le peuple décerne le titre de Saint. Ce nom devient celui du village groupé autour de l’abbaye.
Deux siècles plus tard, les Normands font des incursions dans la région.

Le Roi de France envoie des renforts à Saint-Céneri. Des soldats se livrent à des excès autour de l’église. Ils sont assaillis par des essaims d’abeilles. Pour leur échapper, les soldats se jettent dans la rivière du haut des rochers. Peu en réchapperont. Aujourd’hui encore un nid d’abeilles veille sur l’église. Un an plus tard, on célèbre l’anniversaire de la mort du Saint. Deux chevaliers attachent leurs chevaux à la porte de l’église. Sacrilège ? Piqués par les abeilles, les chevaux rompent leurs liens et se précipitent dans le vide, miracle! Ils échappent à la noyade.

En 903, les Normands brûlent l’abbaye et l’abbatiale. Pendant longtemps il n’y a plus d’église à Saint-Céneri. C’est en 1089 que la construction de l’église actuelle est entreprise. Elle est terminée en 1125.

A l’intérieur de l’église, on remarque tout d’abord le contraste entre les murs de la nef et ceux du choeur recouverts de peintures murales des 14ème et 15ème siècles mais dont on peut penser que les plus anciennes remontent jusqu’au 12ème siècle. Ces fresques, recouvertes en 1650 sous un badigeon de plâtre et de chaux furent à nouveau mises à jour en 1856.
C’est en 1886 que l’église fut classée monument historique.

> Voir des photos de l’église


La chapelle a été construite vers la fin du 14ème siècle ou au tout début du 15ème à l’emplacement où dit-on saint Céneri aurait construit son abri. De style gothique, elle s’intègre parfaitement dans le paysage.

Sa charpente est en châtaigner, bois couramment utilisé en construction du fait qu’il est imputrescible et qu’il repousse les araignées et autre parasites. On retrouve ce type de charpente dans la nef et le choeur de l’église, celle du choeur étant recouverte de dessins polychromes mis à jour récemment.

Deux statues prennent place de part et d’autre d’un tableau anonyme en cours de restauration et qui représente saint Céneri en prières ; une statue de saint Jacques de Compostèle amputée, lors de la Révolution, de la main portant son coquillage, surtout la statue de saint Céneri à laquelle une tradition reste attachée : les jeunes filles souhaitant se marier sont invitées à piquer une aiguille dans la robe du saint, si l’aiguille reste plantée dans la pierre, leur voeu sera exhaussé dans l’année.

Au sol, une pierre de granit, qui serait un menhir couché, aurait servi de lit à saint Céneri. Deux traditions y sont également attachées : d’une part les enfants souffrant d’incontinence peuvent s’y allonger pour être guéris, d’autre part, s’allonger sur la pierre favoriserait la grossesse des jeunes femmes désirant enfanter.

> Voir des images de la Chapelle


La fontaine miraculeuse

La fontaine miraculeuse

La Fontaine, sur l’autre rive de la Sarthe, noyée dans la verdure, face à la chapelle, fut construite à une époque indéterminée à l’endroit ou jaillit la source qui étancha la soif de saint Céneri et de son disciple.

D’après la légende, son eau aurait des propriétés curatives, elle soignerait dit-on certaines maladies des yeux.


Le château

En 1040, le comte de Mayenne, féal du comte d’Artois fait construire un château fort à Saint-Céneri et en confie la garde à Guillaume GIROIE.

Hormis une courte période (1062-1088) qui verra la domination des Montgomery-Bellème féaux du duc de Normandie, les Giroie régneront ici pendant 250 ans.
Leur nom subsiste dans celui du village Saint-Céneri-le-Gérei.

Pendant prés d’un siècle, du fait de la rivalité qui oppose les Giroie aux Bellème, le château subit de nombreux sièges rappelés par une pierre commémorative.

En 1346, débute la Guerre de Cent Ans. En septembre 1417 Saint-Céneri tombe aux mains des Anglais. Un gentilhomme va jouer un rôle important : Ambroise de Loré, capitaine du comte d’Armagnac, fidèle au Roi de France.

Loré participe a de nombreux coups de main contre les Anglais dans l’Alençonnais.

En 1429, Saint-Céneri est repris aux Anglais par Jean Armange, lieutenant de Loré. Celui-ci rejoint Armange dans Saint-Céneri.

En 1430, une forte armée anglaise assiège le château. Loré, par un souterrain partant d’un puits, quitte la place pour chercher des renforts. A l’arrivée de ceux ci les Anglais lèvent le siège. Le château de Saint-Céneri sera encore victorieusement défendu en 1432 et 1433 avant d’être pris et détruit par les Anglais en 1434.


L’Auberge Moisy

L’auberge des soeurs Moisy

A l’instar de Pont Aven et Barbizon, l’auberge des soeurs Moisy était un des lieux de rassemblement de nombreux peintres de renom qui, à la fin du XIXe, venaient trouver leur inspiration dans les alpes mancelles. Grâce à une scénographie ludique et originale, ce lieu dévoile la relation entre la peinture et les paysages du village de Saint-Céneri-le-Gérei.

« Quant aux jours de pluies, où l’on ne pouvait travailler dehors, on peignait sur les murs de l’auberge. Le soir, à la veillée, dans la salle du premier  étage, où nous prenions nos repas, grâce à la lueur d’une bougie, on dessinait sur les murs les profils des personnes présentes au fusain. C’est pour cette raison que cette salle, toujours visible, s’appelle la salle des décapités. A la nuit tombante, celui dont on voulait reproduire le profil se plaquait près du mur blanchi à la chaux ; l’un d’entre nous tenait une bougie à distance voulue pour que l’ombre portée fût de la grandeur du modèle. Un des peintres, pendant ce temps, traçait au fusain le contour de cette ombre et l’on passait l’intérieur en noir. C’est ainsi que, depuis lors, j’ai pu reconnaître, par delà le demi-siècle qui s’est hélas écoulé, les profils de beaucoup d’artistes et d’amis qui ne sont plus. Mon profil d’enfant s’y trouve à deux reprises ».

Fils de Mary Renard, Pierre Renard évoque ainsi l’Auberge des sœurs Moisy qui a fermée ses portes en 1908.

> Voir des photos de l’Auberge Moisy


Le Renouveau

La création en 1953 de l’Association des Amis de Saint-Céneri marque le début du renouveau.

Grâce à son action, la digue de la Bataille et les vannages sont réparés et la Sarthe retrouve son niveau normal, la Fontaine et la Chapelle sont remises en état.

En 1955, l’Association intervient auprès des Préfets de l’Orne et de la Sarthe auxquels ils proposent que le pont retrouve aspect originel. Elle intervient encore auprès des services compétents en vue de la restauration de l’église et des travaux sont entrepris dès 1960.

A partir de 1973 de nombreux travaux sont entrepris par la municipalité : illumination de l’église, création d’un parking, extension de l’éclairage public. A cette occasion les ligne électriques sont enterrées.

En 1988 le centre du bourg est définitivement libéré de tous câbles aériens disgracieux.

Au cours de cette période la vie artistique a repris un nouvel essor, des concerts sont organisés chaque été dans le cadre de l’Académie Festival de Saint-Céneri, plusieurs ateliers d’artistes se sont créés et à ce jour cinq restaurants, bars ou crêperie sont ouverts en permanence. Saint-Céneri-le-Gérei mérite bien de faire partie des Plus Beaux Villages de France.

Malheureusement de graves problèmes menacent la stabilité du clocher de l’église ainsi que la conservation des fresques ; on peut aujourd’hui parler d’église en péril.


Le saint

Céneri naquit à Spolète en Ombrie entre 620 et 625.
Très jeune, accompagné de son frère Cénéré, il part à Rome au service du pape, entre dans l’ordre des bénédictins. Cinq ans plus tard, une vision lui ordonne de partir à l’ouest. Les deux frères franchissent les Alpes et, vers 659, arrivent à Saulges dans le diocèse du Mans.
Céneri laisse son frère à Saulges et part, accompagné du jeune Flavard.

Un jour d’été 689, les deux voyageurs arrivent au bord d’une jolie rivière contournant un promontoire rocheux. Ils sont épuisés et ont soif, Céneri prie. Miracle, une source jaillit !
Depuis, cette source miraculeuse n’a jamais cessé de couler, elle a été aménagée en fontaine. Les voyageurs veulent traverser la rivière, mais celle-ci est en crue. A nouveau Céneri prie et les flots de la Sarthe s’arrêtent de couler, Céneri et Flavard traversent à pied nu. Flavard ému laisse tomber le livre de prière de Céneri, les eaux le recouvrent. Le livre sera retrouvé intact plusieurs années après. Céneri se plaît dans cette boucle de la Sarthe, il y construit une hutte de branchages. Au 15ème siècle la Chapelle du Petit Saint-Céneri est reconstruite au même emplacement.

La réputation de sainteté de Céneri grandit, des disciples le rejoignent. Une communauté est fondée qui comptera bientôt 140 moines bénédictins. De nombreux pèlerins affluent.
En 669, Céneri entreprend la construction d’une église en bois au sommet du promontoire rocheux.

Il meurt le 7 mai 670 avant l’achèvement de l’église qui, selon son voeu, prend le nom de Saint Martin du Mont Rocheux. Il y sera enterré.


Les différentes étapes

Six grandes étapes marquent l’histoire de Saint-Céneri-le-Gérei.

Au 7ème siècle, l’arrivée du saint et par la suite la fondation de l’abbaye.
Aux 11ème et 12ème siècles la construction de l’église actuelle ainsi que du château, lieu de violents combats durant la guerre de Cent Ans.
Une période de transition au cours de laquelle les seuls faits marquants seront liés à la Révolution, pour arriver à la fin du 19ème siècle avec l’arrivée des peintres.
Enfin, depuis les années 50-60, le renouveau du village avec son ouverture au tourisme et la prise de conscience de la richesse de son patrimoine


Les peintres

Les peintres de Saint Céneri

En 1843, la commune compte 308 habitants.

De cette époque date l’ouverture du village aux peintres. Bien sûr, dès le 12ème siècle, des artistes avaient œuvré à Saint-Céneri, les peintures murales de l’Eglise en portent témoignage, l’inspiration en était essentiellement religieuse.

Ce n’est qu’au 19ème siècle que la beauté des paysages, la qualité de la lumière inspirent les artistes.

Ont fréquenté Saint-Céneri, ou y sont passés : Corot, Courbet, Harpignies, Cogniet, les frères Veillon, Mary Renard, Paul Saïn parmi beaucoup d’autres.

La plupart se retrouvaient à l’Auberge Moisy (actuellement propriété privée) ou à l’Auberge Legangneux aujourd’hui Auberge des Peintres. Les jours de pluie, ils peignaient sur les murs, plusieurs salles du Lion d’or sont ainsi décorées de tableaux parfaitement conservés et qui méritent d’être admirés.

Le soir à la veillée, sur les murs de la salle de l’Auberge Moisy, à la lueur d’une bougie, ils dessinaient au fusain le profil des convives : c’est la Salle des Décapités.

Cette activité artistique intense a duré plus d’un demi siècle. Elle prend fin à la veille de la 1ère guerre mondiale pour renaître actuellement ; en effet les nombreux artistes qui se sont installés depuis plusieurs années et la Rencontre Annuelle des Peintres font revivre le passé artistique du village.