A l’instar de Pont Aven et Barbizon, l’auberge des soeurs Moisy était un des lieux de rassemblement de nombreux peintres de renom qui, à la fin du XIXe, venaient trouver leur inspiration dans les alpes mancelles. Grâce à une scénographie ludique et originale, ce lieu dévoile la relation entre la peinture et les paysages du village de Saint-Céneri-le-Gérei.

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« Quant aux jours de pluies, où l’on ne pouvait travailler dehors, on peignait sur les murs de l’auberge. Le soir, à la veillée, dans la salle du premier  étage, où nous prenions nos repas, grâce à la lueur d’une bougie, on dessinait sur les murs les profils des personnes présentes au fusain. C’est pour cette raison que cette salle, toujours visible, s’appelle la salle des décapités. A la nuit tombante, celui dont on voulait reproduire le profil se plaquait près du mur blanchi à la chaux ; l’un d’entre nous tenait une bougie à distance voulue pour que l’ombre portée fût de la grandeur du modèle. Un des peintres, pendant ce temps, traçait au fusain le contour de cette ombre et l’on passait l’intérieur en noir. C’est ainsi que, depuis lors, j’ai pu reconnaître, par delà le demi-siècle qui s’est hélas écoulé, les profils de beaucoup d’artistes et d’amis qui ne sont plus. Mon profil d’enfant s’y trouve à deux reprises ».

Fils de Mary Renard, Pierre Renard évoque ainsi l’Auberge des sœurs Moisy qui a fermée ses portes en 1908.